Goudron, café et cambouis (acte II)
La vie de mécanicien sur le Dakar, c'est presque aussi éprouvant que de piloter en course. Que l'on s'occupe d'un concurrent amateur à la structure modeste, ou que l'on travaille pour X-Raid, l'écurie la plus étoffée de tout le bivouac. Ingénieur pour l'équipe allemande, Tom Mederer détaille le fonctionnement d'un groupe où les rôles sont bien définis. Mais les événements bousculent souvent les emplois du temps…
Une journée traditionnelle. A 23h30, Tom carbure au café ! Il sait que la nuit est encore longue. Et bien que Nani Roma soit sorti vainqueur de l‘étape de San Juan sept heures plus tôt, on continue de peaufiner sa Mini. Deux mécanos sont sur le coup, comme pour chacune des Mini en course. Après avoir placé les bas de caisse, ils effectueront un dernier tour en dehors du bivouac pour valider les réglages, et rangeront la voiture 305 sous une bâche de protection. Leur mission est alors terminée… momentanément. Car ils n'ont qu'une poignée d'heures devant eux avant de reprendre du service : « avant que les pilotes prennent la voiture, les mécanos font tourner le moteur et nettoient tout, une nouvelle fois. Ils refont un tour complet de la voiture, car on voit mieux certaines choses le matin, avec les idées claires », explique Tom.
C'est alors que la route commence pour les soldats du boulon, qui suivent d'abord leurs pilotes en camion jusqu'au départ de la spéciale. A la fois pour intervenir en cas de problème sur la liaison, et pour procéder à un énième check avant que la mécanique soit mise à rude épreuve. Ensuite, direction l'arrivée de spéciale pour certains, ou le bivouac d'étape pour le gros des troupes (30 mécaniciens et 3 ingénieurs au total dans l'équipe !), en empruntant le goudron. Une fois sur place, il faut donner corps à l'atelier le plus vaste et le plus lumineux du bivouac. Et lorsque « Peter », Nani ou encore Holowczyc reviennent, une autre session débute : « la check-list quotidienne fait déjà une page, à laquelle on ajoute les remarques de l'équipage. Et il y en a toujours. Le debrief dure en moyenne une heure, et ensuite ils se mettent au boulot. Je ne leur mets pas de pression sur une heure limite. Ils prennent le temps qu'ils veulent, mais la voiture doit être parfaite pour reprendre la compétition ».
Le schéma classique se complique évidemment en cas de panne, d'accident ou tout motif d'arrivée tardive d'un pilote au bivouac. Sur l'étape de San Rafael, la BMW de Stefan Schott n'a fait son apparition qu'à 5h30 du matin. Un impératif a alors pris le dessus : réparer avant 9h15, son heure de départ pour l'étape 4. C'est Jörg Messser, mécano maison depuis 7 ans, qui s'est occupé de changer le train arrière du X3 : « lorsque c'est comme ça on se met à plusieurs sur le dossier. Je n'ai dormi qu'une heure cette nuit-là, mais c'est tout de même sympa. Ce challenge est excitant ».
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